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L'impôt attraction...  Productivité, ennemi numéro 1 ?

L'impôt pour attraction

Le Ministère de l'économie portugais prévoit de baisser l'impôt sur les sociétés (IRC), le ramenant de 30 à 25% courant 2004, ceci afin de tenter d'attirer les investisseurs étrangers.

Il convient cependant de ne pas perdre de vue, que l'impôt est une conséquence, (découlant de tout un processus), et non une finalité en soi, capable à elle seule d'être suffisament attractive et de justifier tout investissement quel qu'il soit.

Avant de payer un impôt, faut-il encore réaliser des bénéfices, et pour cela faut-il encore, qu'au préalable, les investisseurs potentiels trouvent de véritables raisons économico-stratégiques pour s'installer dans le pays, ainsi que des conditions générales favorables et compétitives. Il faut aussi que le pays s'inscrive dans une spirale de stabilité inspirant la confiance, tant sur le plan économique, social et politique.

En plus de la lourdeur bureaucratique et de ses entraves, le Portugal doit avant tout changer son image, de façon réfléchie, et surtout... efficace. Travailler par accoups et par rafistolages n'est pas une solution. Il convient de faire un travail en profondeur. (Ce sujet ô combien primordial, sera d'ailleurs traité dans une autre chronique).

Au-delà de ces aspects concrets mais subjectifs, le Portugal devra aussi impérativement passer par une nette amélioration de la croissance de son PIB, pour devenir crédible et interessant. La faiblesse de la productivité est un des points noirs de l'économie portugaise. Le Portugal est en effet un des derniers de la classe Européenne, sur le plan de la productivité. Voir >

Cette baisse de l'impôt va quoi qu'il en soit dans le bon sens, car tout ce qui est fait dans le sens positif, ne peut qu'être un pas de plus pour que le Portugal, après avoir été uniquement compétitif, devienne enfin également... attractif. Le Portugal doit avancer à grands pas.


Les portugais et la productivité

Pourquoi la productivité est-elle si faible au Portugal ? La productivité du pays se situe à environ 43% de la productivité moyenne Européenne. Dans les 16 dernières années, elle a augmenté de 3 points, alors que d'autres pays de l'Union, ont connu une hausse de leur productivité 10 fois supérieure à celle du Portugal. Rien que cela !

Pendant qu'un portugais actif crée autour de 16 Euros de "richesse" en une heure, un Italien en créé 32, un Hollandais en créé 33, et un Belge, 36.

La productivité est la richesse du pays. Moins un pays est productif, plus ses habitants sont pauvres. C'est un raccourci, mais c'est un fait. Les portugais stagnent donc à environ 43% de la moyenne de la productivité Européenne, alors qu'un pays comme l'Irlande, est passé en 16 ans, de 79% à 105% de cette moyenne. Pourtant, l'Irlande est un pays comparable en de nombreux points au Portugal.

La productivité peut se résumer par l'équation suivante :
Productivité = PIB général du pays / nombre d'actifs.

Il est vrai que l'on peut faire dire au PIB ce que l'on veut. Ainsi, le PIB Français, qui dans ces dernières a été malmené, subit entre autres, l'incidence de son exemplaire effort social, qui certes décroit, mais qui demeure un exemple.

Ainsi, 10% de son PIB est consacré à la santé. L'évaluation du PIB français se trouve donc pénalisée par le simple fait que la France ait (encore) une politique sociale globale de qualité.

Cela est loin d'être le cas de nombreux pays, dont le Portugal, qui en matière de santé et de couverture sociale, est incomparablement en retard.

Conseil : Tout gouvernement portugais en place devrait d'ailleurs penser à mesurer les incidences du mauvais système de santé portugais sur la productivité.
 
On est en droit de penser que si une personne (potentiellement productive) est souffrante, et qu'elle doive attendre des jours et parfois des semaines pour obtenir un rendez-vous chez son médecin de la caisse maladie, sa pathologie latente ne peut qu'amoindrir son état physique global, et réduire de façon significative sa productivité. Sans parler des conséquences dûes au retard des soins...
 
Si on ne veut pas aborder le sujet d'un point de vue humain et social, qu'on l'aborde au moins d'un point de vue économique. Souvent, les interêts convergent de façon étonnante. Je préconise donc à tout gouvernement en place, de nommer une commission qui se charge de mesurer de façon précise le phénomène.

D'autre part, le deuxième élément qui intervient dans le calcul de la productivité, est le nombre d'actifs. Là aussi, il existe de multiples façons d'aborder le sujet sur le plan du comptage.

Ce ne sont là que deux exemples, qui tendraient à relativiser la notion même de ce que l'on qualifie de PIB. L'enseignement est aussi un des facteurs pouvant également être pris en compte...

Cela induit des choix politiques et sociaux. Est-ce préférable pour un pays de voir son PIB aux sommets, mais avec une politique sociale déplorable, ou l'inverse ?

Le Portugal a tranché. Il n'a ni un PIB per capita fort, ni une bonne politique sociale. Et c'est en ce sens que la machine est enrayée. Les portugais "bénéficient" d'une couverture sociale restreinte, comparable à celle de la Grande Bretagne, nottament sur leurs systèmes de santé réciproques, qui si l'on se penche avec sérieux sur la question, permettent de conclure qu'il s'agit de systèmes presque indignes du siècle où nous vivons.

Chaque portugais actif est donc de très loin, un des Européens les moins productifs. Qu'est-ce qui cloche ?

Question de culture ? D'habitudes de travail ? De mauvaise organisation ? De prise de conscience qu'une trop grande partie des profits va au capital ? Ce sont quelques uns des motifs, mais ce ne sont pas les seuls. Le manque de modernisation de l'appareil de production est aussi un des éléments essentiels.

L'état a aussi bien sûr en amont, une part importante de responsabilité dans cette faible productivité, ne serais-ce que par ses choix politiques, par nature fondamentaux, ainsi que par la lourdeur de la bureaucratie qui est un réelle entrave à la productivité.

Et si la faute en incombait aussi à... l'aval ?

Et si on ne cherchait pas les causes que dans la "production elle-même", mais aussi du côté aval, c'est à dire dans le manque d'aptitude des entreprises à vendre "bien" ?

"Mal vendre induit mal produire", et c'est un point que les analystes économiques oublient souvent, cherchant essentiellement les causes en amont.

Cette hypothèse est d'ailleurs loin d'être insignifiante, car on constate aisément que les entreprises portugaises, y compris les plus importantes, ont encore une méconnaissance flagrante du marketing efficace, poussées d'ailleurs depuis des décénnies par l'état qui donne le plus mauvais exemple qui soit sur le plan du marketing efficace. (ne serais-ce que sur le plan de l'image du Portugal à l'étranger).

Emigrés : plus productifs...

Les portugais résidant à l'étranger ont la réputation d'être des forcenés du travail. Cela s'explique entre autres, par le fait que les portugais ayant émigré, avaient un objectif et une tenacité logiques, ne serais-ce que par le fait de leur condition, et de l'effort qu'ils ont du fournir.

Ils n'ont pas émigré pour parader, mais pour essayer d'atteindre leur objectif. Travailler pour essayer d'engranger, au prix de multiples privations, a donc été le pain quotidien d'une grande partie d'entre eux. De plus, leur condition modeste les empêchait toute déconvenue. Il fallait bien travailler pour plaire et acquérir ainsi une stabilité.

Cependant, en ce qui concerne les portugais "du Portugal", il en va visiblement tout autrement.

On savait déjà les portugais émigrés à l'étranger "plus portugais" que les "portugais du Portugal", mais d'autre part, ils sont aussi plus productifs.

10 Octobre 2003 - Mario Pontifice - Portugalmania

Mario Pontifice

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